Après ma petite excursion au lac de Côme, la Toscane. Départ pour un petit roadtrip de quatre jours avec des collègues. Pour l’occasion nous avions donc loué un carosse Opel Zaphira : certainement LA voiture des papas trentenaires (amateurs de sièges-enfants et de petits pots Blédina*) en concurrence avec la Scénic pour sa tenue de route digne d’une Fiat 500 et son confort légendaire.
Tout a donc commencé par un départ en fanfare sur l’autoroute et un premier arrêt au péage. Arrêt forcé du à une boulette du conducteur, dont je tairai le nom afin de ne pas nuire à son intégrité. Arrêt donc suivi d’une marche arrière au péage pour s’être engagé sur la file « Télépéage »… Je vous passe donc le gag des voitures nous suivant et le semi-remorque devant reculer au péage afin de nous permettre de changer de file… mythique, on a quand même eu assez peur pour nos vies, quelle que soit leur valeur. Bref, on a donc fini par arriver à Florence dans notre relais & château sur la petite colline face à la ville et à son fameux Duomo. Heureuse surprise, l’endroit était absolument magnifique, le salon avec ses tables pour jouer aux cartes, le feu de cheminée, etc. Un régal pour nos yeux et surtout pour apaiser nos esprits suite à 300km de routes italiennes sur lesquelles le mode de conduite est le freestyle le plus complet, les italiens étant partagés entre deux complexes, celui de la file de droite, et celui de l’excès de fierté.
Oui, complexe de la file de droite, tous les conducteurs voulant être sur la fille de gauche. Et fierté, car l’italien n’aime pas être doublé, oh non, il n’aime pas ça. Le pire parait-il est à Naples, je n’ose même pas imaginer…
Petit tour de reconnaissance dans cette ville où il faudrait beaucoup plus qu’un jour pour espérer en avoir fait le tour. C’était donc un petit repérage des endroits à aller voir lors de notre prochaine visite. Tout de même, avons fait une visite du Duomo et sommes montés en haut du dôme en question. Le parcours pour y monter est d’ailleurs assez acrobatique ; l’architecte de l’époque n’ayant pas prévu qu’on y ferait des visites quelques années plus tard… Scandaleux.
La vue y est magique, vous pourrez le constater en voyant les photos sur mon site Picasa si vous allez y faire un tour. Cette ville semblait alors regorger de tout ce dont il manquait à Milan. Des rues vraiment anciennes avec de beaux immeubles. N’étant pas encore ou presque sorti de Milan, je n’avais encore que l’image de cette dernière dont l’architecture est lamentable hormis dans centre-ville historique.
Ces rues étaient accompagnées de petites places avec des églises assez improbables, en bref, je trouvais Florence très belle, admirant l’omniprésence de la Renaissance. Le tour de Florence que nous avons fait était assez partiel j’en conviens mais je ne pouvais pas imaginer changer d’avis un instant. Après avoir vu Milan, Côme et Florence, j’étais en mesure de dire que Florence était la plus belle vie d’Italie que j’avais vu.
Surprise lorsque arrivé à Sienne, je découvre une ville à dominante médiévale et non plus renaissance comme Florence. Alors que Florence était dans les tons jaune pierre, Sienne est tout simplement couleur… sienne. Essentiellement construite en briques, elle a intégré de façon incroyable la vie contemporaine. Du centre-ville émane une dynamique et une énergie étonnante. On a donc sacrifié à la tradition régionale et sommes entré dans un petit restaurant où l’on mangeait du sanglier. Un vrai bonheur. Arrivé le soir, nous avons donc fait une première visite de nuit ce qui finalement est génial pour découvrir une ville. On voit ainsi sa vie et son atmosphère d’une façon différente. En fait, nous avons procédé comme ça pour presque toutes les villes où nous sommes allés. Une immense place en croissant de lune abrite une église hors du commun. Nous sommes donc encore une fois montés en haut de son clocher. On aime bien ça les clochers. De là haut s’affichent à perte de vue les paysages de Toscane ; petites collines dont les hauts plateaux sont le refuge de villages où les églises sont manifestement plus nombreuses que les écoles. Le ciel couvert de nuages épais nous a offert un échantillon unique de lumières et de reflets sur les différentes collines entourant Sienne. Nous avions un instant pensé que le manque de soleil étant une grande perte pour notre voyage, et bien c’était une grave erreur. La richesse des éclairages à travers les nuages était au final bien plus intense qu’un ciel du bleu le plus uniforme.
J’ai tellement de retard que je ne me souviens même plus très bien de tout ce que nous avions fait ensuite, hormis être resté hébétés par la beauté de cette ville.
Direction Montepulciano, petit village producteur d’un des vins les plus fameux d’Italie. Pour s’y rendre, plus d’une heure de route de campagne sur lesquelles hormis une voiture, nous n’avons croisé que des faisans. La route était une attraction en elle-même, par la diversité des paysages qu’elle nous offrait, les couleurs variant du jaune au vert anglais et à l’émeraude. Incroyable. Trouvant la route un peu longue, nous nous sommes mis en quête d’un endroit où manger. Pas facile perdu au milieu de la campagne toscane. Pourtant, après avoir suivi une mini pancarte nous avons trouvé, logé au milieu d’un champ d’oliviers, un agriturismo hors du commun où nous avons pu déguster de la charcuterie et du fromage avec du miel. Une grande découverte culinaire. Je vous épargne nos discussions avec Abricot, le cheval du coin et notre débat sur la piste d’atterrissage pour hélicoptère, cet endroit nous a retenu bien plus longtemps que prévu. Malgré les réticences de certains, nous avons finalement repris la route pour Montepulciano où pour tout dire, nous avons été assez déçu. Il faut dire que nous arrivions avec nos impressions sublimées de Sienne et de l’agriturismo. Ce village si fameux pour son vin est finalement assez décevant. Rien d’extraordinaire, ce n’est au final qu’un petit village médiéval sans cachet.
Heureusement,Montalcino où nous nous sommes ensuite rendu a largement relevé le niveau. Encore une fois, notre visite de nuit nous a donné une idée unique de ce village médiéval. Peut-être est-ce du au fait que nous ne nous y soyons pas rendu pendant une période touristique, ou tout simplement parce qu’il était entre minuit et trois heures du matin, mais ce village nous a semblé déserté, presque abandonné. Cette impression d’être seuls dans la ville était géniale ! Au-delà du fait de ne croiser personne, nous avons surtout pu profiter des terrasses de café désertes à cette heure.
Courageux à un point que vous ne sauriez imaginer, nous nous sommes promenés dans la campagne le lendemain matin dès 7heures, espérant voir le lever de soleil. Seul problème, ce dernier semblait avoir décidé de se lever bien avant 7 heures. Quoiqu’il en soit, nous avons profité des paysages et lumières sublimes. Encore une fois, regardez les photos !
Ces épisodes commençant à remonter à plus d’un mois, j’ai fait la version courte comme vous pouvez le constater. J’ai zappé les différents arrêts dans des châteaux sur le bord de la route, etc. Jetant un coup d’œil aux photos, je constate même que j’ai loupé une des étapes capitales du voyage. San Gimignano, certainement un des petits villages médiévaux les plus connu du coin. Pour preuve, même perdu au milieu de la campagne toscane nous avons du subir les cars de japonais… Si si, je vous assure.
Chose capitale pour le développement de la Toscane, la construction de tunnels sur les routes. Oui, je sais, je passe un peu du coq à l’âne mais je vous avais prévenu, je suis mes idées, quelque soit leur ordre. Donc, pour se rendre en Toscane depuis Milan, nous avons bien du passer sous une centaine de tunnels permettant de traverser ces fameuses collines. Pour tous ces tunnels, un grand merci aux subventions de l’Union Européenne sans lesquelles la Toscane serait encore aujourd’hui difficilement accessible. Tout ceci me fait repenser à l’expression de notre cher Metternick parlant de l’absence d’unité du territoire et du peuple italien précisant que « l’Italie n’est qu’une expression géographique ». En gros, l’Italie serait un état mais pas une nation ; question que l’on peut encore se poser aujourd’hui je pense. La construction de tunnel n’étant pas suffisante pour créer une unité de son peuple et dans son désir de vivre réunis. La Liga Nord souhaitant la séparation du nord et du sud de l’Italie est bien là pour en témoigner.
Pour ne pas rester trop longtemps à Milan, ma route ne s’est pas limitée à la Toscane, mais s’est poursuivi le week-end suivant par un tour intégral et mémorable du lac de Côme, puis par une visite de Gênes, ville qui ne mérite pas qu’on lui accorde davantage de temps que celui de prononcer son nom. Remercions néanmoins la Grande Punto qui a été notre fidèle étalon pendant ce week-end !
Enchaînons donc sur le Lac de Garde qui a lui seul dépasse nombre d’endroits soi-disant magiques de la côte d’Azur. C’est un lac mais on parvient assez facilement à l’oublier lorsque l’on ne voit pas l’autre rive. Oui, car mister Lac est large, très large, 46kmx17km aux endroits les plus larges. Je vous laisse vous faire une idée. Contrairement au Lac de Côme dont les rives sont impraticables autrement qu’en voiture, le lac de Garde est fait pour se promener. Ses rives sont aménagées en promenades bordées de cafés, restaurants et autres boutiques. Les petits villages de Salò, Sirmione ou encore Lasize sont absolument magnifiques, presque immanquables. Ce sont cependant des villages dont la visite est impossible sans voiture. Heureusement, nous avions pensé à louer THE voiture, une Lancia Epsilon. Après avoir visité quelques villages sur les rives est et ouest du Lac, nous sommes donc allé à Vérone, distant d’une vingtaine de kilomètres à peine.
Concernant Vérone, j’aurai du mal à tarir d’éloges. Ville de Roméo et Juliette ok, mais pas seulement. Encore une fois, c’est une ville riche d’architecture, partagée entre moyen âge et renaissance, entre l’art antique et sa reproduction postérieure et le contemporain. Les arènes romaines de la ville sont fameuses notamment en raison de leur utilisation continue jusqu’aujourd’hui. Petits roublards que nous sommes, nous avons intégré un groupe de personnes âgées français afin de bénéficier du tarif groupe pour la visite de l’arène. Pas bête la guêpe. Il y aurait tant et tant à dire sur cette ville, sur l’histoire même, sur Roméo et Juliette, sur le fameux balcon qui date du milieu du XXe, sur les tags enflammés d’amoureux qui envahissent les murs (les tags, pas les amoureux), sur le manque d’inspiration du ce cher Shakespeare qui n’a fait que réécrire une histoire inventée bien avant lui… Clément que je suis, je vous épargne cette peine, la description n’étant ni mon fort ni ma passion comme vous pouvez vous en douter.
* Non, je ne suis pas rémunéré pour cette publicité gratuite !
A la demande général, sous les applaudissements du maître
du jury (moi-même), et en retard de quelques mois déjà, voici donc la nouvelle
cuvée de D’ici et D’ailleurs !
Non, je n’avais ni été enlevé par les FARC ni pris en
otage par un groupuscule se réclamant de la Padania. Mais me voici donc,
plus vaillant que jamais, en direct de Milan et pas seulement car je compte
bien en sortir le plus souvent possible. Le monde est à moi !!! hum… Je
m’emballe peut-être un peu. Disons que l’Italie est à moi !
Me voici donc, arrivant à Milan. Non, en fait, ça commence
bien avant.
Avant d’arriver j’ai du partir. Tout débute avec la
préparation de mes 12 702 tonnes de bagages.
A moins que ça ne soit encore avant. Finalement, tout a
peut-être débuté au moment de franchir le seuil de la porte de mon recruteur.
Enfin, c’est confus tout ma tête ; une sorte d’auberge espagnole. Tout a
donc débuté, à un moment ou à un autre.
Toujours est-il que j’arrive à l’hôtel Missori. La banque
dont je tairais le nom, pour ma sécurité personnelle, et surtout aux fins
d’éviter une fin de contrat prématurée (due aux dérapages volontaires qui
risquent de suivre), a eu la bonne idée de me trouver un hôtel à 500 mètres du Duomo.
Pour les non-initiés, la cathédrale. Ayant renoncé pour de bon au camping,
j’étais donc sensé avoir le temps de trouver un logement digne de ce nom. Je
vous épargne les visites que je n’ai pas effectué, j’ai trouvé par
l’intermédiaire d’un collègue un appartement situé Corso Sempione, à deux pas
du plus grand parc de la ville (pratique si je parviens un jour à me remettre à
courir), proche des transports, et surtout de quelques-uns des aperitivi les
plus en vue. Oui, parce qu’il faut bien parler des choses qui intéressent
vraiment. Sur l’Italie, les questions qui me sont posées tournent autour de
trois thèmes différents :
-les
aperitivi ;
-les
italiennes ;
-les
italiens.
Bizarrement, le premier de ma liste n’est pas celui des
trois qui fait le plus souvent l’objet de questions. Je laisse libre cours à
votre imagination sur ce sujet.
J’avais donc commencé en parlant des aperitivi. Je préfère
d’ailleurs vous prévenir de suite, cette année il va falloir suivre.
L’organisation de mes idées ressemble à s’y méprendre à l’imbroglio d’un plat
de spaghetti. Quoique, c’est peut-être pire.
Les aperitivi donc. Concept purement italien qui consiste
à commander une boisson et à profiter de buffets de tapas, plats de pâtes, etc.
mis à disposition par le bar. Tout le talent consiste à trouver l’endroit où
l’aperitivo sera de qualité en prenant en compte des critères aussi subjectifs
que l’ambiance, la qualité des tapas, les cocktails, la localisation, les prix,
etc.
M’étant dédié corps et âme à cette mission, qui tout
compte fait, n’entre pas vraiment dans le cadre de mon contrat de travail, je
pense désormais avoir trouvé quelques repères sûrs…
Où en étais-je ? J’ai donc été logé pendant une
vingtaine jours dans ce fameux hôtel. Appréciable certes, mais finalement,
c’est aussi pas mal d’avoir un vrai home
sweet home, de ne plus être coincé entre deux valises… Quoique, on se fait
vite au service de chambre.
Mais je cafouille, il s’agit exactement de la période
intéressante mais l’hôtel est sans intérêts.
L’arrivée dans une ville consiste en de nouvelles
découvertes, de nouveaux émerveillements mais également de nouveaux a priori. Naissent alors des clichés qui
disparaîtront au bout de quelques jours, voire quelques semaines. Des clichés
sur les italiennes. Sur les italiens aussi. En fait, ces derniers clichés n’ont
pas forcément disparu. Le terme cliché consiste peut-être même en un abus de
langage.
Les émerveillements alors ? Dans ma façon de voir la
vie, eux cessent rarement. C’est triste de dire que Marcel Gauchet devait être
visionnaire lorsqu’il parlait du Désenchantement
du monde dès 1985. Disons que je suis resté avant 1985. A l’époque où le
monde avait encore l’espoir de pouvoir être enchanté.
Je m’émerveille donc devant les petites églises
découvertes au détour d’une ruelle pavée, devant les places fleuries de glycines,
les terrasses ensoleillées où s’installent des artistes peintres. Et peste
contre les touristes qui annihilent le calme et le charme de ces lieux de
mémoire en les transformant en boulevard où crépitent les flash, les
expressions japonaises et le mauvais anglais des guides.
Comment ? J’en suis moi aussi ? Pas vraiment en
fait. Du moins, pas au sens où je l’entends. Le tourisme est une sorte de
passage ; moi je veux vivre la ville davantage que la voir. Voir une ville
sert-il à la connaître d’ailleurs ? Alors, comme d’ordinaire, une
multitude de réflexion viennent sourdre dans mon esprit et je pense à trop de
choses pour les exprimer toutes.
Reprenons avant la digression initiale. Je suis donc
arrivé à Milan le 3 mars. Tout s’enchaîne alors très vite. Le travail, un
supérieur italien polyglotte, des collègues italiens, trois français, un
administrateur délégué digne d’un personnage de bande dessiné ; des
sourires en perspective. Par où initier une brève description ?
Mon chef. Ayant travaillé en Amérique du sud pendant
quelques années, en particulier en Argentine, il ne rêve que d’une chose :
repartir. Malgré son genre « travailleur acharné », il n’a pas réussi
à dissimuler longtemps son côté « je suis un italien, un vrai ».
Dix jours après mon arrivé, j’ai demandé mes premiers
jours de congé. Très subtile, expérience que je recommande fortement. Il me
répond donc que ce n’est pas possible, à moins que ce ne soit pour apprendre
l’italien avec l’italienne. Ce n’était pas vraiment mon choix initial… J’avais planifié
un séjour en Toscane. Quatre petits jours de rêve mi avril. Récit à venir.
Milan possède l’incroyable chance d’être situé avantageusement au cœur de
l’Europe ou à tout le moins, de l’Italie. Tant de villes y sont près que je
pense passer une bonne partie de mon temps à voyager, entre deux jours de
travail.
30 minutes du Lac de Côme,
30 minutes de Vérone, Bergame, Monza, Parme et une
multitude d’autres petites villes de charme ;
Moins de 2h de Turin, Gênes, Bologne, Venise, Florence,
Berne (en Suisse…), Nice (Nizza pour les intimes)...
Je parlais donc de mon chef. Un petit séjour imprévu à
l’hôpital nous a forcé à travailler directement avec l’Administrateur Délégué,
ce qui n’a pas forcément été de tout repos mais a été et est toujours une
expérience incroyable. Du grand art qu’il s’agirait presque de filmer ou à tout
le moins, d’enregistrer. Je vous épargne cela pour l’instant, les choses plus
intéressantes sont les villes.
Il Laggo di Como
Avant de partir pour la Toscane, ma route s’est donc dirigée vers le Lac
de Côme. Idéaliste et traditionaliste extraverti, je pensais qu’il s’agissait
encore d’un petit village lacustre, peinant à avoir des contacts avec le reste
de la région. Hum, comment dire. Je me suis un peu fourvoyé. Comme quelques villes
italiennes que j’ai découvert depuis ce moment là, la ville est en fait scindée
en deux parties. La partie historique et la partie contemporaine. La partie
historique garde presque cette âme de village se reflétant dans le lac. Comme
dans à peu près toutes les villes italiennes, il y a une place Cavour, qui à
Côme est la place centrale de la ville. Marchés d’artisans locaux, boulangers,
producteurs de saucissons, etc. Ici, comme vous pouvez allègrement vous en
douter, rien n’est fait pour le touriste. La proximité de la Suisse (Lugano en
particulier) et la modestie de leur pouvoir d’achat en fait donc un lieu peu
prisé…
En revanche, dès la sortie de la ville et le contournement
du lac par la rive ouest, la dimension touristique s’estompe peu à peu au
profit de panoramas magnifiques, de villas avec accès direct sur le Lac. Ici se
mêlent palmiers, sapins, magnolia… Le microclimat ambiant favorise une
végétation luxuriante (ça fait un peu phrase de guide touristique, non ?),
et malgré la proximité des montagnes (rappelons que Côme est située en fond de
vallée, sur les festons sud des Alpes Suisses), la température ne descend
jamais en dessous de zéro. Pour faire dans le culturel et sortir des
considérations purement péremptoires sur les clichés italiens, sachez chers
lecteurs passionnés que le Lac de Côme est le lac le plus profond d’Europe avec
plus de 410 mètres
de fond. Ça vous en bouche un coin, hein ? Ou pas.
Expérience inédite s’il en est, l’ascension du Monte
Bisbino. À ne faire sous aucun prétexte !! Pour cet échec retentissant, je
tiens à remercier haut et fort le Guide du Routard qui précisait, dans une
envolée lyrique qui ne sied résolument pas au cas présent, qu’il ne fallait
« manquer sous aucun prétexte cette route panoramique de 17 kilomètres… »
Durant la montée, disons plutôt l’ascension, j’ai bien dû maudire l’auteur de
cette recommandation sur 47 générations et souhaiter brûler ce guide une demi-douzaine
de fois. Je plante le décor. Une route d’une largeur douteuse (une largeur
peut-elle vraiment être douteuse ?), permettant tout juste le passage
d’une voiture. Seul hic, cette route est en double sens. Je vous épargne donc
les marches arrière en montée pour laisser passer le véhicule venant en sens
inverse, les virages dignes d’une attractions du parc Astérix, etc. Aller,
soyons généreux, disons que sur les trois premiers kilomètres la route offre en
effet un panorama digne d’une carte postale, mais en vrai. Ensuite, le paysage
disparaît au profit de la brume et de la forêt dans laquelle on s’enfonce peu à
peu.
Arrivé au sommet, une surprise de taille (j’exagère
peut-être un peu), la neige nous attend. Hormis le Santuario della Beata Virgine situé à 1325 mètres d’altitude,
circulez, il n’y a rien à voir. Prochaine étape, la décente. Heureusement que je
suis couvert par Europ’ Assistance. Quoique, je ne suis même pas sûr qu’ils
couvrent ce genre d’endroit.
Comme je vous l’avais annoncé, la frontière Suisse est
vraiment proche. Pour la petite anecdote, parfaitement inutile j’en conviens,
parvenu au sommet mon téléphone est passé sur un opérateur suisse.
Le Lac de Côme, qu’est-ce donc ? Des paysages de
toits ocre rouges, de murs ocre et de clochers qui se reflètent dans les eaux
du lac. MA-GNI-FIQUE.
Vivre à DC peut donner l’impression de réaliser de
formidable voyages en l’espace de quelques jours seulement. Du fait que
Washington soit une ville-district, à peine sorti de la ville on se retrouve
propulsé dans un autre état, la Virginie ou le Maryland pour les deux plus
près. Un autre état soit, mais ce qui surprend vraiment c’est la diversité des
paysages. A peine une demi-heure de voiture suffit pour se retrouver en pleine
forêt, comme perdu au milieu de nulle part sans aucun indice permettant de
savoir que la capitale du pays est toute proche.
Great Falls Park, Virginia
Notre petite bande de joyeux lurons s’est donc
rendue à Great Fall Park en Virginie, à l’ouest de DC. C’est un park naturel
ayant pour principal attrait ses forêts et surtout les fameuses chutes du
Potomac comme sont nom l’indique. Paysage torturé, cours d’eau accidenté, on a
peine à croire que la ville est si proche. Le Potomac révèle une image bien
différente de celle que je connaissais, c’est-à-dire, le petit fleuve
tranquille où faire de l’aviron le week-end. Comme vous pouvez le voir un peu
sur les photos, il y a quasiment plus de roche que d’eau. C’est impressionnant,
surtout lorsqu’on assiste au passage d’un intrépide kayakiste ayant décidé
qu’il trouverait l’endroit où passer sans mourir à peu près douze fois. D’ailleurs
peut-être que ce fameux téméraire que nous avons vu était assisté des voix des
sages ancêtres indiens puisque cet endroit justement était une zone de commerce
pour les indiens du coin et les premiers colons. Drôle d’idée.
Forcément, un tel paysage n’attire pas seulement les
citadins en mal de randonnées pédestres ou équestres mais aussi les peintres
kamikazes, les géologues, les botanistes ou même nos amis amoureux des bêtes.
Je dois vous avouer avoir été heureux de ne pas avoir été un mulot, je me serai
aussitôt faire gober par un des aigles qui tournaient au-dessus de nos têtes.
Pas très glamour. Je sais, Europ’ Assistance est toujours là en cas de besoin,
mais j’aurai eu du mal à paraître crédible en expliquant mon histoire. Bref, le
Potomac tel que je le connaissais, c’est-à-dire dompté et navigable n’est ainsi
qu’au abord de DC. Dès 1784, la Patowmack Company a débuté la construction de
cinq canaux pour le rendre navigable. Ce paysage de chutes est donc sa vraie
nature. Ils étaient persuadés que l’aménagement du lit du fleuve et la création
de canaux pourrait stimuler le commerce entre l’est et la vallée de l’Ohio.
Autant vous dire tout de suite que ça n’a fonctionné que pendant les 26 années
des travaux, jusqu’en 1806. C’était sans compter sur le ferroutage et les
autoroutes qui finalement coûtaient moins cher et étaient plus rapide. Donc
gros échec de ce projet de canal inabouti qui nous permet aujourd’hui de voir
ces chutes impressionnantes.
On a donc profité du temps magnifique qui nous était
offert pour faire une ballade en forêt le long des chutes. Hummmm ça
manquait !
Baltimore, Maryland
Contrairement à mon second voyage à New York qui avait
changé mon idée sur cette ville folle, mon second voyage à Baltimore m’a
conforté dans mon idée. Il n’y a rien à voir, rien à faire. Passez votre
chemin, ne vous arrêtez pas, même à la case départ et n’empochez pas
20 000 dollars. Hormis l’aquarium qui, je le reconnais, vaut le détour et
peut être aussi le musée d’art, il n’y a strictement rien à faire à Baltimore.
Lors de ma première visite, j’avais eu la chance de bénéficier d’un temps
ensoleillé et chaud. L’histoire se répétant mais toujours avec des nuances, ce
jours-là, il n’y avait pas vraiment de soleil, ni de chaleur d’ailleurs. Ok, le
port n’est pas laid, d’accord la bute où trônait l’ancien fort permet une vue
sur la ville. Mais
hormis cela, rien. Une fois au sommet de cet butte, on se rend d’ailleurs
compte à quel point il n’y avait aucun intérêt d’y grimper. Nous en somme donc
parti, presque aussi vite que nous en sommes arrivés, c’est-à-dire bien peu
rapidement à cause des embouteillages dus à Thanksgiving Break et aux
limitations. Ayant d’ores et déjà eu une expérience avec les forces de l’ordre
de Baltimore à l’aéroport il y a quelques semaines, nous voulions éviter tout
risque. On a bien fait. Lisez la suite.
Annapolis, Maryland
C’est un peu la ville d’Anna. Problème : je ne
sais pas qui c’était bref. Annapolis est plutôt réputée pour la présence de la Naval Academy que
pour cette fameuse Anna alors, qu’elle aille au diable.
Quoiqu’il en soit, c’est une petite ville portuaire
plutôt sympathique. Des bâtisses de deux voire trois étages, peintes dans des
couleurs qui la font se rapprocher davantage d’un décors de cinéma et de
Georgetown que d’une ville habitée. Malheureusement, étant donné qu’on prévoit
toujours tout d’une façon très rationnelle, on n’avait pas pensé que le musée
de la Navy serait fermé à 17h. On a donc manqué le principal intérêt de cette
ville. Ça ne nous a pas empêché de nous balader dans sa petite ruelle
tortueuse ! Oui, ça fait du bien de retrouver une vraie petite rue,
presque commerçante, presque tortueuse au lieu des boulevards habituels taillés
à la serpe. Après
une courte réflexion, je crois bien que c’est une des choses qui me manque des
villes européennes, les ruelles dans lesquelles se perdre, celles dont on ne
voit pas le bout car elles sont torturées, sinueuses, se divisent, se
rejoignent. C’est sans doute aussi pour cela que les américains aiment
tellement le quartier latin. Un quartier où l’on peut se promener à pied et au
milieu de la rue tant les trottoirs sont étroits. Elles ont du charme, du moins
je leur en trouve.
Cherchant dans cette ville un endroit où nous
sustenter pour le dîner, nous avons finalement repris la voiture direction
Alexandria, les prix nous ayant rapidement aidé à choisir…
Alexandria, Virginia
Alexandria peut quasiment être considéré comme un
quartier de Washington DC tellement elle en est proche. Elle y est d’ailleurs
relié par une des lignes de métro, la rouge, au nom de station évocateur :
King’s Street. Qu’est-ce donc ? Tout simplement l’unique rue commerçante
de cette petite ville plutôt huppée accolée à DC. Pour fuir la foule quasi
inexistante de DC, la solution est donc de s’installer dans ce quartier-ville
plutôt semblable à Georgetown mais en plus vivant je dirai. Contrairement à
Georgetown qui n’a pas vraiment un charme fou, deux énormes avenues se
croisent : M Street et Wisconsin Avenue. King’s Street a l’avantage d’être
plus étroite, et surtout, choisie par des boutiques dignes de ce nom. On y
trouve notamment des antiquaires de meubles français, des restaurants de toute
sorte, des boutiques de décorations tendance maison du monde mais en format
boutique de centre-ville : 50m².
Agréable aussi est la petite ballade le long du
Potomac et des pontons où quelques bateaux dont un restaurant sont amarrés. Ça
change tellement des villes américaines qu’on a l’impression d’être totalement
ailleurs. Les rues adjacentes à la rue principales sont très résidentielles,
abritant de superbes maisons, pas forcément grandes, mais dans un style
typiquement britannique qui n’est pas sans rappeler Boston ou Notting Hill. En
beaucoup plus petit bien évidemment. C’est certainement mon coin préféré, là où
le calme côtoie l’animation, où le chic se mêle au populaire. Bref, j’aime
beaucoup. On a donc fini notre soirée dans un restaurant à tapas prenant pour trois
un plat pour deux. Proportions américaines obligent, on a eu du mal à terminer…
A présent que je vous ai vendu du rêve, il faudrait
que je vous donne l’envers du décors. Du genre, notre arrestation, le soir à
notre retour, à 50 mètres
du campus. Je pense sincèrement qu’on a joué de malchance avec les forces de
l’ordre dans ce pays. Trois locations de voiture depuis octobre, trois
arrestations. Bon rythme. J’espère qu’il n’en est pas de même pour vous en
France autrement vous n’auriez rapidement plus de point sur votre permis. On a
donc eu la chance de cumuler trois infractions pour cette dernière arrestation.
On s’était dit qu’il fallait terminer en beauté. Donc, 50 mètres du campus, un
giros et un pti coup de sirène plus tard, on se range mais pas de suite. C’est
là le premier problème soulevé par notre ami cop. Bon, on a essayé de lui
expliquer qu’on n’allait pas s’arrêter sur la file du milieu, il s’en fout
comme de l’an quatorze. Mais la raison première de l’arrestation était de
rouler avec les feux de position alors que nous aurions du avoir les feux de
croisement. Oulala ! c’est grave ! On a aussi eu la bonne idée de
tourner dans la rue du campus directement sans prendre la voie spéciale qu’on
n’avait même pas vu. On cumule. Heureusement, de son plus bel accent français
et avec son plus beau sourire, notre conductrice préférée nous a sorti de cette
passe sans une amende ! C’est bien la première fois, d’ordinaire, rien
n’est négociable… On vit dangereusement j’vous dis !
Etant un véritable sucre d’orge apprécié de mes
collègues à la DC Courts
(là où je fais mon stage, pour ceux qui ne suivrait pas), j’ai tout de même
trouvé eu la chance d’être invité chez la sœur d’une de mes collègues. Un grand
moment.
Thanksgiving pourrait aussi bien être une journée
consacrée aux sous-alimentés qu’une fête pseudo-religieuse. A peine arrivé pour
le dîner fixé à 16h, j’ai eu la chance, l’honneur et le privilège d’être
l’attraction de la famille.
J’étais un peu attendu comme le messie. Et oui, ce n’est pas
tous les jours qu’on fête Thanksgiving avec un petit français, blanc de
surcroît. Ayant eu la chance de tomber dans une famille complètement timbrée,
certains invités à l’humour décalé rigolaient du fait que je pourrai me
prévaloir d’avoir fêté Thanksgiving dans une famille noire. Bizarre à quel
point ce sujet peut être présent aux Etats-Unis. Surtout, c’est la
décontraction avec laquelle ils prennent les choses qui m’a surpris. Je n’ai
pas résisté à leur parler de l’affaire des six de Jena. Ils m’ont dit ne pas
avoir été surpris et m’ont dit que c’était normal aux Etats-Unis. Je crois que
même si j’étais black américain, jamais je ne pourrai considérer une telle
affaire comme normale. Pour faire un résumé hâtif dont j’espère vous ne vous
contenterez pas, l’affaire des six de Jena s’est déroulée fin 2006 dans un
lycée de Louisiane. Un jeune noir a eu la « mauvaise » idée d’oser
demander à un blanc s’il pouvait se mettre à l’ombre sous l’arbre centenaire
situé dans la cours de récréation et d’ordinaire réservé aux blancs. Oui,
réservé aux blancs, vous avez bien entendu, en 2006. Notre ami ayant décidé de
ne pas être un mouton et de ne pas accepter une chose pareille a eu
l’outrecuidance de s’opposer à cet état de fait, outrecuidance qui a aussitôt poussé
les « propriétaires » de l’arbre, autant dire des gosses blanc limite
fascho, à accrocher des cordes de pendu à l’arbre. Message subliminal à
l’attention des noirs de l’école. Forcément, une petite rixe éclate et ce sont
les lycéens noirs qui se retrouvent pendant quelques mois en prisons… Je vous
invite à ne pas hésiter à chercher des informations sur cette affaire plutôt
incroyable au XXIe siècle. Bref, elle est apparemment normale aux US. J’ai un
peu de mal à avaler ça.
Après cette digression digne d’un mauvais roman de
la bibliothèque bleue, il faudrait peut être que je passe au principal :
le repas. Parce que Thanksgiving c’est le repas. Et le préalable à tout repas,
encore plus nécessaire ce jour-là, c’est le bénédicité. Dit dans une ambiance
qui frisait le comique, la simplicité avec laquelle la famille a abordée ce
moment m’a déconcerté. Il s’agit de quelque chose de tellement normal et
naturel, qu’il se fait dans une atmosphère décontractée de rire et de moquerie.
Du genre, « bon, c’est à toi de le dire aujourd’hui » et un autre
d’ajouter « non pas lui, il y croit pas », le tout en éclatant de
rire… Bien drôle. Bon, je vous l’accorde, le récit n’a que très peu de chance
de vous rendre euphorique mais sur le moment, c’était vraiment surréaliste. Surréaliste
mais sympathique.
Le dîner en lui-même a été plus éprouvant pour moi.
Disons qu’il avait lieu à l’heure de mon goûter, heure à laquelle d’ordinaire,
c’est-à-dire lorsque je ne suis pas aux Etats-Unis, je me sustente de moult
Nutella, confiture, petit LU… Autant dire que la pumpkin pie a eu beaucoup de
mal à passer. C’est une tarte dont le goût est indéfinissable. Surtout quand
avant de la goûter on a eu le droit de tester d’autres plats aux saveurs aussi
bizarres qu’inattendu comme des patates douces cuites avec du sucre brun, du
corn pooding (spécialité de Virginie, l’état). C’était sans compter sur le
mélange bœuf-dinde, les macaronis-cheese et autres plats aussi fins que
diététiques
Un grand moment de partage. Ce n’est pas tant la
multiplicité des plats qui est étonnante mais toujours cette étrange aptitude
américaine de prendre un peu de tout, sucré et salé, dans la même assiette et
de tenter de tout manger en même temps. Même après plus de quatre mois, ils me
surprennent toujours autant. Je suis d’ailleurs inquiet de ma capacité
d’acculturation…
Je conçois que se mettre dans la peau d’un boulet
n’est pas une chose courante ni aisée. De prime abord, ça peut même paraître
absurde. Pourtant c’est la mission à laquelle je me suis attelé, un peu malgré
moi je dois l’avouer.
Généralement lorsque je fais quelque chose, j’essaie
de m’investir réellement. Autrement dit, je fais les choses à fond ou ne les
fais pas. Je ne suis pas du genre à ne m’investir qu’à moitié, à laisser des
choses inachevées ou imparfaites (ça ne veut pas dire non plus que je parvienne
à la perfection…)
Vous vous demandez encore ce que j’entends par
« dans la peau d’un boulet ». C’est très simple. Il suffit de quelque
leçon pour y parvenir sans trop de mal :
-Aller à la douche et se rendre compte une fois
sous l’eau de l’oubli de sa serviette (balot) ;
-Faire son nœud de cravate (neuve) et dans un
excès incompréhensible de force, la déchirer (re-balot) ;
-Se rendre compte le lendemain de l’oubli d’une
réunion avec son chef (confusant ;-)) ;
-Réaliser que les trois points précédents
concernent la même journée (frustrant) ;
-Mettre une machine à laver et oublier de mettre
la lessive (énervant).
J’essaie par tous les moyens de m’améliorer et d’en
trouver des mieux à mettre en œuvre. Si vous avez des suggestions, n’hésitez
pas. J’arrive à bout d’inspiration.
Merci par avance.
Romée et Eugénie, j’aurai voulu décrire une journée
type comme les vôtre mais malheureusement, les miennes ne se passent jamais tel
que prévu. Bizarre.
Ce n’est pas parce que je me déplace dans New York
City en Lincoln Navigator Limousine que je loge dans des palaces…
Dans les auberges de jeunesse qui me servent de
maison, on rencontre des personnages fascinants, parfois, énervants, souvent,
ou haïssables, généralement les jours où on y est. Enfin, certains diront,
c’est ça la bohème, que ça fait partie du jeu d’aller en auberge de jeunesse.
Ou pas.
Dans mon auberge de New York, il y avait donc des
spécimens assez intéressants. Il y avait tout d’abord nos deux amis indiens
bizarrement surnommés les Pakis. Certainement pour brouiller les pistes. Notre
côté espion à 2 dollars sans doute. Rythme de vie assez étrange quoique
beaucoup plus sain que le mien. Couché 9h, levé 4h, sans même besoin d’un
réveil. Hormis le fait qu’ils se levaient à l’heure à laquelle on tentait de se
coucher, il n’y a pas grand-chose de délirant, je vous l’accorde. Mais bon, nos
deux spécimens sont tout de même parvenus à faire baliser notre cher Arny (il
souhaite rester anonyme) lorsqu’ils se réveillaient en pleine nuit pour prier
assis en tailleur sur leur lit. J’entends déjà de loin vos cris m’accusant
d’intolérance, de misanthropie ou pire de ne pas accepter leur religion. Rien
de tout ça ne m’est en fait venu à l’idée. Ils avaient juste une tendance à
manier l’égoïsme avec dextérité. Du genre réciter leurs prières à haute voix,
prendre des douches pendant 40 minutes pendant que trois autres personnes
attendent, passer des coups de téléphone en pleine nuit…
Et puis, il y avait aussi le genre « cette
chambre, c’est un peu chez moi ». Trois uruguayennes pour ne pas les
citer. Du genre qui rentrent forcément plus tard que nous (si si, ça
existe !), se croient chez elles alors n’hésitent pas à faire plein de
bruit histoire de ne réveiller personne, décident de faire leur bagages à 7h du
matin alors qu’elles ne partent pas de l’auberge. Bref, un vrai bonheur. Je
vous en souhaite de pareils, mais avec chambre privée, matelas moelleux, draps
en satin et oreillers en pagaille.
Après mes impressions peut-être un peu corrosives de
ma première semaine à New York, il fallait bien que j’y revienne afin d’avoir
un autre regard, moins influencé par la découverte et plus objectif aussi. Me
voici donc parti pour New York, entre autre car quelques conférences de prévu
sur place avec mon groupe.
La ville n’est plus tellement une découverte en
elle-même, les quartiers de Manhattan ont plus ou moins été parcourus mais ça
ne me suffisait pas. Alors on a marché. Je pense qu’on a bien du faire
l’équivalent d’un Paris-Nice, à pied bien sûr. Marche-t-on autrement ? Après
avoir fait Soho et Chinatown de long en large, mes impressions n’ont pas tant
changé. D’accord, je trouve Soho bien plus sympa et accueillant que durant
l’été mais Chinatown reste ce quartier toujours aussi sale et dominé par les
faux, quelque soit le domaine. Hormis quelques poissonneries ou marchant de
produit alimentaires typiquement chinois, tout dans ce quartier est fait pour
le touriste ce que je n’apprécie donc pas forcément.
Je ne vais pas vous faire tous les quartiers mais
bon. Globalement, ça va mieux. J’ai fait le suivi de chantier de la Freedom Tower sur le
site de feu le World Trade Center. Ça avance, pas vite mais ça avance. Des murs
commencent à monter.
Central Park
Central Park commence à se parer de ses couleurs
d’automne comme dans la plupart des films. Je comprends maintenant sa dimension
romantique, son côté fascinant.On a
rapidement l’impression d’être au milieu de nulle part et il est possible d’y
marche une journée complète comme nous l’avons fait et de ne pas voir la ville ou
presque. On voit au loin dépasser quelques tours, maisça s’arrête là. Point de bruit, de foule ou
de sirène de pompier… Un havre de paix !On y a également croisé des danseurs en rollers, des musiciens divers,
des amoureux enlacés, des touristes perdus, des dragueurs sur des barques, des
sportifs courants, de policier polissant…
Les couleurs jaunes, vermillon et vertes donnent
envie d’y peindre à l’huile voir de laisser son regard se perdre dans les
arbres et son imagination dans des méandres inconnus. Un bonheur ! Seul le
froid et le vent étaient là pour nous rappeler que nous n’étions pas vraiment
dans un film et que la pneumonie nous guettait… Marathon
Ce week-end était également le week-end du fameux
Marathon de New York. Selon mes sources, il n’y aurait pas loin de 40 000
participants. Honnêtement, je n’ai même pas essayé de les compter, car 1) je ne
les ai pas regardé tous passer 2) ça n’a absolument aucun intérêt.
J’ai tout de même regardé passer la foule de
coureur. Du moins, ce qu’il en restait, je ne me suis bien entendu pas levé
assez tôt pour voir le premier passer la ligne, et encore moins pour les voir
passer encore en forme. Il y a ceux qui passent la ligne, fatigués par l’effort
mais tout de même encore vivant et puis il y a ceux qui font s’interroger sur
leur état. Je crois vraiment que certains se font du mal et passe la ligne, en
marchant, mais à la limite de la crise cardiaque. Allez comprendre ??
Il ne faut pas croire que le marathon ce n’est que
de la course à pied. Non, c’est aussi une course aux sponsors car nous sommes
aux US mes chers ! Alors ING a eu la bonne idée de mettre des banderoles
partout et de faire distribuer par des beaux camions UPS des couvertures de
survie siglées à leur nom ; philanthrope, non ?
Je sais, j’ai à peu près deux siècles de retard dans l’écriture. J’étais parti en reportage spécial, me mettre dans la peau du vernaculaire, endosser le costume du vrai monstre d’halloween, errer dans les rues de New York, partir en quête d’une preuve de l’automne dans Central Park. Bref que du grand art que vous allez découvrir dans les articles à venir.
Pour commencer donc, Halloween. Non pas à l’université, mais dans le quartier de Georgetown. Quartier branché s’il en est, Georgetown est d’ordinaire un quartier qui malgré tout, est relativement calme. Pour Halloween, adieu calme, ordre et tenues hype. Le royaume de la branchiture s’est transformé en erre de jeu de vampires, cruella et autres infirmières voluptueuses. Et oui, car malgré les apparences, ici Halloween n’est plus trop une fête ou il faut faire peur mais plutôt une fête ou il s’agit de se permettre ce que le puritanisme en temps normal réprimerait. Autrement dit, les gens laissent largement libre cours à leur imagination sur des déguisements plutôt osés qui n’ont pas grand-chose à voir avec Halloween. Ou alors si, il s’agit toujours de la fête de tous les saints, mais pas avec la même orthographe…
C’était donc quelque chose de grandiose à voir. Sociologiquement très intéressant… En revanche, les américains pour l’instant m’avaient toujours paru des gens très organisés, très carrés. Là, le contraire a été démontré. Malgré eux si je puis dire. Je pense pourtant que ce n’est pas la première année qu’une foule part à 500 et arrivée à 5000 à Georgetown. Nos amis les forces de l’ordre ont eu le bon goût de mettre des barrières de sécurité le long des trottoirs plutôt que de fermer les deux rues principales. Riche idée lorsqu’on sait qu’un samedi normal les trottoirs sont déjà trop étroits pour tout le monde. Les trottoirs se sont donc transformés en shaker géant où les gens étaient ballottés d’un côté à un autre sans trop pouvoir contrôler leur direction. Je crois qu’une bonne manifestation à la française apprendrait aux forces de l’ordre comment fermer une rue…
Je commence sérieusement à croire
que mes vœux et prières ont une influence certaine sur le cours du monde.
J’avais commandé un temps radieux pour ma petite expédition à Baltimore. Chose
voulue, chose réalisée. Temps incroyable qui nous a permis de découvrir ce
petit port dans le meilleur des contextes. Bon, je dois avouer que cette ville
n’a de port que le nom et la présence de l’eau et de quelques bateaux. En
général, les petits restos de fruits de mer vont de pair avec la présence d’un
port. Ici, hormis les restos de hamburgers, voire de sushi, on n’a rien trouvé
de tel. Grosse déception pour nous qui attendons depuis trois mois déjà de
manger un petit poisson… Je serai prêt à tout, même à ce qu’il soit carré,
pané, fade et verdâtre pourvu que ce soit un poisson. J’ai pourtant eu
l’occasion d’en voir énormément. Je voulais vous faire une petite blague et
vous laisser croire à une excursion dans les caraïbes mais le temps ayant eu raison
de moi, je crois ne pouvoir faire deux posts différents. J’ai donc été au
formidable, puisqu’il faut bien utiliser quelques superlatifs, aquarium de Baltimore.
En sorte d’aquarium, c’est plutôt
un nouveau monde que l’on découvre. Immense, incluant une mini forêt tropicale
avec des oiseaux étrangement couleur fraise Tagada, des grenouilles bleu de
cobalt, des tortues avec trois nageoires. Bref un bonheur. J’ai failli emporter
avec moi un des dauphins. Je dois avouer que j’ai été séduit par leur fluidité,
semblable à celle des baleines mais avec quelques mètres et quelques tonnes de
moins !! Nos amis les requins ne m’ont pas spécialement convaincu l’aller
nager avec eu, même dans une pseudo cage. Ils n’ont pas l’air commodes les
pépères.
C’était très certainement la
seule chose intéressante de Baltimore mais nous avons eu droit en prime à un
spectacle comme il n’en existe sûrement qu’aux US. Nous sommes arrivés juste au
moment où déferlaient des centaines voire des milliers de supporters des Ravens,
l’équipe locale d’american football. Un grand moment de beauf’attitud’.Je pense qu’il ne devait pas y en avoir un
seul sans le t-shirt violet tellement glamour de son équipe. Je crois me
souvenir que les numéros 86 et 20 avaient la côte. Tous arrivés en
SUV, le barbecue installé dans le coffre ou sur la remorque. Tous buvaient
desBud light ou autres ersatz de bière
immondes. Oui, dans la rue, tous buvaient dans la rue. A croire que
l’hypocrisie de la législation américaine sur l’alcool va jusqu’à faire des
exceptions les jours de match. Il ne faut pas boire en temps ordinaire mais
lors des matchs, il est autorisé voire conseillé (pour ne pas sortir du lot)
de boire des litres de Bud devant la police jusqu’à hangover s’en suive. Un grand
moment. Tous installés sur des parking à perte de vue. Je n’ai jamais vu rien de
tel. Nous avons décidé de décerner la palme à ceux venu en camping-car ou SUV,
barbecue installé, faisant griller les saucisses sur le parking en face du
stade… et regardant le match à la
télé. Et oui, tout le monde ne peut pas non plus s’offrir des
places. Elles doivent être au prix d’un t-shirt de l’équipe, il fallait faire
un choix crucial, le maillot ou la place…
J’ai tenté d’intercéder en leur
faveur pour sauver leur âme. Rien à faire. Ça ne peut pas marcher à chaque
fois.
En revanche, peut être vous
souvenez-vous de mon court article sur nos amis Birmans. Mes supplications ont
été prises au sérieux. Sa sainteté le Dalaï Lama est venue me rendre visite.
Puisqu’il avait un peu de temps, il a décidé de rencontrer également le
Président Bush ainsi que Richard Gere. Non, vous ne rêvez pas. Richard Gere,
après pretty woman, pretty tibetan.
Le grand homme nous a impressionné par sa joie de
vivre, son humour, son autodérision… et son ironie. J’ai beaucoup apprécié
lorsqu’à la fin de son discours en anglais, il a mentionné que les droits de
l’homme sont important mais qu’il ne faut pas pour autant oublier
l’environnement. Officiellement cette petite pique était destinée à la Chine,
mais ne nous faisons pas d’illusion, George W. était également visé. Cette
après-midi passée sur la pelouse du Capitol a été surréaliste. Parfois j’ai du
mal à réaliser que je suis dans la ville du Capitol, de la Maison Blanche…
Mais alors là, c’était le pompon ! Je vous dresse le tableau. Quelques
centaines de personnes assises sur la pelouse du Capitol, assistant à la remise
de la médaille du Congrès au Dalaï Lama. Ecoutant avec attention son premier
discours dans un anglais hésitant, voire titubant. Puis nous avons eu droit à
un mini concert mené par divers artistes tibétains. Cette musique est vraiment
surréaliste. “Surréaliste mais sympathique”.
Parce qu’on est à DC, parce qu’il
fallait bien reprendre le rythme des sorties-découvertes de la vie locale,
parce qu’il fallait arrêter de faire nos touristes ou nos djeun’s en colo, j’ai
été dans un club de jazz. Le groupe ne jouait pas de jazz mais de la soul/blues
à mourir. Le chanteur, black, avait une voix incroyable, idem pour la chanteuse. Les
reprises improbables de grands classiques comme Sweet home alabama ou Billy
jean… que du bonheur !
Et puis il y a aussi eu la
réédition, retour au Club 1223 (prononcez « twelve twenty three »)
car c’était l’anniversaire de Sandrine (qui d’ailleurs lit mon blog ;-)
dédicace ;-)). Joyeux anniversaire Sandrine. Voilà ça, c’est fait !
Elle ne pourra pas dire que j’ai oublié ;-)
Et puisqu’on est des français,
des vrais, aujourd’hui on a regardé le match de rugby dans le lounge. On était
bien 10 à crier derrière notre télé, ça change des américains s’extasiant
devant un match de baseball devant lequel, n’importe quel européen normalement
constitué s’endormirait au bout de 4 secondes. Je n’en dirai pas plus sur le
match, c’est un souvenir douloureux pour certains… Vous pouvez constater qu’on avait une installation
du tonnerre !
Demain départ pour Baltimore, bon
ok, ce n’est pas non plus une énorme aventure, il n’y en a que pour une heure à
y aller… je vous tiendrais au courant !
Il ne faut pas croire que je ne
fais que sortir. Parfois j’étudie, j’ai même obtenu un A à mon premier “paper”.
C’est ce qu’on appelle la classe américaine ! Il y a donc les conférences
dans diverses ambassades (Mexique, Botswana, Chili), dans les think tank, les
organisations internationales ou gouvernementales. DC est la ville rêvée pour
les organisations. Il y a celles qui sont certainement utiles, et puis celles
qui même en cherchant bien n’ont pas vraiment d’intérêt. Après tout, au pays
des ONG il est normal d’en voir autant. Je me demande quand même comment
certaines font pour obtenir autant de subventions, qu’elles soient publiques ou
privées. Elles sont toute situées en plein centre de Washington dans des
immeubles somptueux avec des salles de réunions à faire pâlir celle de nos
grands groupes français. Bien sûr, on est aussi au pays où il faut en imposer.
Tout est basé sur la
représentation. Le luxe des locaux semble être le corollaire
de l’attribution de subventions. Le moindre business analyst y écrit des
“papiers” que bien entendu il publie. Tout apparaît comme étant tellement
facile… Je crois que la communauté française de l’université aurait dû monter
une ONG afin d’obtenir quelques millions de dollars, on aurait pu se payer une
voiture avec chauffeur pour nos visites, et puis tant qu’on y est, des chambres
un peu plus luxueuse, un vrai cuisinier, des américains non texans… Oui, car il
faut bien parler des choses qui blessent. La cuisine tout d’abord.
Franchement, la population américaine s’étonne d’être touchée par l’obésité.
Perso, je ne suis pas vraiment surpris. Je m’étonne même que plus ne le soient
pas. L’huile est une religion, dans les pâtes mais aussi pour faire cuire des
saucisses ou des blancs de poulet, les sodas sont moins chers que l’eau, une
gaufre sans sirop d’érable ou sans beurre de cacahuète n’est pas vraiment une
gaufre. J’ai réfléchi un peu et ai réalisé qu’on fait de l’huile avec les
cacahuètes. Le beurre de cacahuète ne serait-il donc qu’une sorte d’huile en
pâte ? J’ai essayé, une fois. Autant dire que ce moment a comme par hasard
coïncidé avec la dernière fois. J’ai aussi tenté la gelé. Oui, la gelé,
rouge ou verte fluée, collant à la cuillère lorsqu’on la retourne. Il paraît
que pendant la guerre du Vietnam certains soldats s’en sont servi comme
explosif… allez comprendre ;-) Il faut bien reconnaître un avantage à être ici.
Il fait toujours entre 25 et 32°C,
j’apprécie d’être en t-shirt, flip flop, de manger des glaces italiennes avec
de la chantilly, de m’allonger dans l’herbe, de dormir sans couette… Et puis on
a aussi toujours les fruits d’été, fraises, raisins… que du bonheur !!!
Ils ne chôment pas à la National Gallery
de DC. Après Edward Hopper, voici donc une exposition dédiée à William Turner. Si
vous vous demandez qui il est, allez donc faire un tour sur un des deux liens
suivants :
Vous réalisez donc maintenant son
importance dans l’histoire de la peinture moderne. Ayant influencé les
impressionnistes, il fait partie des rares peintres à être accepté alors même
qu’il était à l’origine d’une révolution picturale. Les photos étant
interdites, mon côté Etan Hunt se croyant dans mission impossible a repris le
dessus. Je vous livre donc quelque clichés... y compris du musée lui-même qui vaut le coup. Enjoy!
Vous vous souvenez sans doute de
Stéph de Monac’ chantant « comme un ouragan qui passait par là… ». Je
sais, j’ai des références musicales torrides. En ce moment il y a plein
d’ouragans dans ma vie, et pas seulement dans la mienne. Alors, ne
pas dormir pour ne pas penser est le meilleur moyen d’avoir un regard un tant
soit peu pétillant le matin. Certains prétendent penser à la faim dans le
monde, aux OGM ou à la Birmanie avant de s’endormir. Moi, quand je dors je suis
égocentrique. Je pense à moi, à ma vie, à mon entourage. Deux mondes se côtoient
; le jour et la nuit. Le
jour est le moment où j’existe. C’est le temps des rires innocents dans notre
quartier général : deux tables de pique-nique avec des parasols. Le temps
des cours, du stage, des sorties, des visites, de l’insouciance en sorte.
La nuit, le monde tourne sans moi.
J’ai parfois l’impression que je suis une particule flottant au-dessus des gens
et observant leur vie. C’est le moment des envies les plus ridicules. N’avoir
jamais de mauvaises pensées ni de coup du sort. Si je me concentre un peu, je
me rends ivre d’idées noires. Je m’étourdis à force de m’entêter à les
conserver. C’est facile.
Alors je rêve aussi “d’ailleurs”,
au pluriel. Soudain, je réalise que je suis déjà dans ces ailleurs, et rien n’a
changé. Comme quoi, ça ne sert à rien, ce n’était qu’une idée stupide de plus.
Et moi qui avait cru quelque instantque
Réjean Ducharme pouvait avoir tort, que les rêves ne sont pas illusion… « Larguez les rêves, hissez les illusions ! Larguez les amarres, hissez les
horizons ! »