A la demande général, sous les applaudissements du maître
du jury (moi-même), et en retard de quelques mois déjà, voici donc la nouvelle
cuvée de D’ici et D’ailleurs !
Non, je n’avais ni été enlevé par les FARC ni pris en
otage par un groupuscule se réclamant de la Padania. Mais me voici donc,
plus vaillant que jamais, en direct de Milan et pas seulement car je compte
bien en sortir le plus souvent possible. Le monde est à moi !!! hum… Je
m’emballe peut-être un peu. Disons que l’Italie est à moi !
Me voici donc, arrivant à Milan. Non, en fait, ça commence
bien avant.
Avant d’arriver j’ai du partir. Tout débute avec la
préparation de mes 12 702 tonnes de bagages.
A moins que ça ne soit encore avant. Finalement, tout a
peut-être débuté au moment de franchir le seuil de la porte de mon recruteur.
Enfin, c’est confus tout ma tête ; une sorte d’auberge espagnole. Tout a
donc débuté, à un moment ou à un autre.
Toujours est-il que j’arrive à l’hôtel Missori. La banque
dont je tairais le nom, pour ma sécurité personnelle, et surtout aux fins
d’éviter une fin de contrat prématurée (due aux dérapages volontaires qui
risquent de suivre), a eu la bonne idée de me trouver un hôtel à 500 mètres du Duomo.
Pour les non-initiés, la cathédrale. Ayant renoncé pour de bon au camping,
j’étais donc sensé avoir le temps de trouver un logement digne de ce nom. Je
vous épargne les visites que je n’ai pas effectué, j’ai trouvé par
l’intermédiaire d’un collègue un appartement situé Corso Sempione, à deux pas
du plus grand parc de la ville (pratique si je parviens un jour à me remettre à
courir), proche des transports, et surtout de quelques-uns des aperitivi les
plus en vue. Oui, parce qu’il faut bien parler des choses qui intéressent
vraiment. Sur l’Italie, les questions qui me sont posées tournent autour de
trois thèmes différents :
-
les
aperitivi ;
-
les
italiennes ;
-
les
italiens.
Bizarrement, le premier de ma liste n’est pas celui des
trois qui fait le plus souvent l’objet de questions. Je laisse libre cours à
votre imagination sur ce sujet.
J’avais donc commencé en parlant des aperitivi. Je préfère
d’ailleurs vous prévenir de suite, cette année il va falloir suivre.
L’organisation de mes idées ressemble à s’y méprendre à l’imbroglio d’un plat
de spaghetti. Quoique, c’est peut-être pire.
Les aperitivi donc. Concept purement italien qui consiste
à commander une boisson et à profiter de buffets de tapas, plats de pâtes, etc.
mis à disposition par le bar. Tout le talent consiste à trouver l’endroit où
l’aperitivo sera de qualité en prenant en compte des critères aussi subjectifs
que l’ambiance, la qualité des tapas, les cocktails, la localisation, les prix,
etc.
M’étant dédié corps et âme à cette mission, qui tout
compte fait, n’entre pas vraiment dans le cadre de mon contrat de travail, je
pense désormais avoir trouvé quelques repères sûrs…
Où en étais-je ? J’ai donc été logé pendant une
vingtaine jours dans ce fameux hôtel. Appréciable certes, mais finalement,
c’est aussi pas mal d’avoir un vrai home
sweet home, de ne plus être coincé entre deux valises… Quoique, on se fait
vite au service de chambre.
Mais je cafouille, il s’agit exactement de la période
intéressante mais l’hôtel est sans intérêts.
L’arrivée dans une ville consiste en de nouvelles
découvertes, de nouveaux émerveillements mais également de nouveaux a priori. Naissent alors des clichés qui
disparaîtront au bout de quelques jours, voire quelques semaines. Des clichés
sur les italiennes. Sur les italiens aussi. En fait, ces derniers clichés n’ont
pas forcément disparu. Le terme cliché consiste peut-être même en un abus de
langage.
Les émerveillements alors ? Dans ma façon de voir la
vie, eux cessent rarement. C’est triste de dire que Marcel Gauchet devait être
visionnaire lorsqu’il parlait du Désenchantement
du monde dès 1985. Disons que je suis resté avant 1985. A l’époque où le
monde avait encore l’espoir de pouvoir être enchanté.
Je m’émerveille donc devant les petites églises
découvertes au détour d’une ruelle pavée, devant les places fleuries de glycines,
les terrasses ensoleillées où s’installent des artistes peintres. Et peste
contre les touristes qui annihilent le calme et le charme de ces lieux de
mémoire en les transformant en boulevard où crépitent les flash, les
expressions japonaises et le mauvais anglais des guides.
Comment ? J’en suis moi aussi ? Pas vraiment en
fait. Du moins, pas au sens où je l’entends. Le tourisme est une sorte de
passage ; moi je veux vivre la ville davantage que la voir. Voir une ville
sert-il à la connaître d’ailleurs ? Alors, comme d’ordinaire, une
multitude de réflexion viennent sourdre dans mon esprit et je pense à trop de
choses pour les exprimer toutes.
Reprenons avant la digression initiale. Je suis donc
arrivé à Milan le 3 mars. Tout s’enchaîne alors très vite. Le travail, un
supérieur italien polyglotte, des collègues italiens, trois français, un
administrateur délégué digne d’un personnage de bande dessiné ; des
sourires en perspective. Par où initier une brève description ?
Mon chef. Ayant travaillé en Amérique du sud pendant
quelques années, en particulier en Argentine, il ne rêve que d’une chose :
repartir. Malgré son genre « travailleur acharné », il n’a pas réussi
à dissimuler longtemps son côté « je suis un italien, un vrai ».
Dix jours après mon arrivé, j’ai demandé mes premiers
jours de congé. Très subtile, expérience que je recommande fortement. Il me
répond donc que ce n’est pas possible, à moins que ce ne soit pour apprendre
l’italien avec l’italienne. Ce n’était pas vraiment mon choix initial… J’avais planifié
un séjour en Toscane. Quatre petits jours de rêve mi avril. Récit à venir.
Milan possède l’incroyable chance d’être situé avantageusement au cœur de
l’Europe ou à tout le moins, de l’Italie. Tant de villes y sont près que je
pense passer une bonne partie de mon temps à voyager, entre deux jours de
travail.
30 minutes du Lac de Côme,
30 minutes de Vérone, Bergame, Monza, Parme et une
multitude d’autres petites villes de charme ;
Moins de 2h de Turin, Gênes, Bologne, Venise, Florence,
Berne (en Suisse…), Nice (Nizza pour les intimes)...
Je parlais donc de mon chef. Un petit séjour imprévu à
l’hôpital nous a forcé à travailler directement avec l’Administrateur Délégué,
ce qui n’a pas forcément été de tout repos mais a été et est toujours une
expérience incroyable. Du grand art qu’il s’agirait presque de filmer ou à tout
le moins, d’enregistrer. Je vous épargne cela pour l’instant, les choses plus
intéressantes sont les villes.
Il Laggo di Como
Avant de partir pour la Toscane, ma route s’est donc dirigée vers le Lac
de Côme. Idéaliste et traditionaliste extraverti, je pensais qu’il s’agissait
encore d’un petit village lacustre, peinant à avoir des contacts avec le reste
de la région. Hum, comment dire. Je me suis un peu fourvoyé. Comme quelques villes
italiennes que j’ai découvert depuis ce moment là, la ville est en fait scindée
en deux parties. La partie historique et la partie contemporaine. La partie
historique garde presque cette âme de village se reflétant dans le lac. Comme
dans à peu près toutes les villes italiennes, il y a une place Cavour, qui à
Côme est la place centrale de la ville. Marchés d’artisans locaux, boulangers,
producteurs de saucissons, etc. Ici, comme vous pouvez allègrement vous en
douter, rien n’est fait pour le touriste. La proximité de la Suisse (Lugano en
particulier) et la modestie de leur pouvoir d’achat en fait donc un lieu peu
prisé…
En revanche, dès la sortie de la ville et le contournement
du lac par la rive ouest, la dimension touristique s’estompe peu à peu au
profit de panoramas magnifiques, de villas avec accès direct sur le Lac. Ici se
mêlent palmiers, sapins, magnolia… Le microclimat ambiant favorise une
végétation luxuriante (ça fait un peu phrase de guide touristique, non ?),
et malgré la proximité des montagnes (rappelons que Côme est située en fond de
vallée, sur les festons sud des Alpes Suisses), la température ne descend
jamais en dessous de zéro. Pour faire dans le culturel et sortir des
considérations purement péremptoires sur les clichés italiens, sachez chers
lecteurs passionnés que le Lac de Côme est le lac le plus profond d’Europe avec
plus de 410 mètres
de fond. Ça vous en bouche un coin, hein ? Ou pas.
Expérience inédite s’il en est, l’ascension du Monte
Bisbino. À ne faire sous aucun prétexte !! Pour cet échec retentissant, je
tiens à remercier haut et fort le Guide du Routard qui précisait, dans une
envolée lyrique qui ne sied résolument pas au cas présent, qu’il ne fallait
« manquer sous aucun prétexte cette route panoramique de 17 kilomètres… »
Durant la montée, disons plutôt l’ascension, j’ai bien dû maudire l’auteur de
cette recommandation sur 47 générations et souhaiter brûler ce guide une demi-douzaine
de fois. Je plante le décor. Une route d’une largeur douteuse (une largeur
peut-elle vraiment être douteuse ?), permettant tout juste le passage
d’une voiture. Seul hic, cette route est en double sens. Je vous épargne donc
les marches arrière en montée pour laisser passer le véhicule venant en sens
inverse, les virages dignes d’une attractions du parc Astérix, etc. Aller,
soyons généreux, disons que sur les trois premiers kilomètres la route offre en
effet un panorama digne d’une carte postale, mais en vrai. Ensuite, le paysage
disparaît au profit de la brume et de la forêt dans laquelle on s’enfonce peu à
peu.
Arrivé au sommet, une surprise de taille (j’exagère
peut-être un peu), la neige nous attend. Hormis le Santuario della Beata Virgine situé à 1325 mètres d’altitude,
circulez, il n’y a rien à voir. Prochaine étape, la décente. Heureusement que je
suis couvert par Europ’ Assistance. Quoique, je ne suis même pas sûr qu’ils
couvrent ce genre d’endroit.
Comme je vous l’avais annoncé, la frontière Suisse est
vraiment proche. Pour la petite anecdote, parfaitement inutile j’en conviens,
parvenu au sommet mon téléphone est passé sur un opérateur suisse.
Le Lac de Côme, qu’est-ce donc ? Des paysages de
toits ocre rouges, de murs ocre et de clochers qui se reflètent dans les eaux
du lac. MA-GNI-FIQUE.
Prochaine étape, la Toscane.