Etant un véritable sucre d’orge apprécié de mes
collègues à la DC Courts
(là où je fais mon stage, pour ceux qui ne suivrait pas), j’ai tout de même
trouvé eu la chance d’être invité chez la sœur d’une de mes collègues. Un grand
moment.
Thanksgiving pourrait aussi bien être une journée
consacrée aux sous-alimentés qu’une fête pseudo-religieuse. A peine arrivé pour
le dîner fixé à 16h, j’ai eu la chance, l’honneur et le privilège d’être
l’attraction de la famille.
J’étais un peu attendu comme le messie. Et oui, ce n’est pas
tous les jours qu’on fête Thanksgiving avec un petit français, blanc de
surcroît. Ayant eu la chance de tomber dans une famille complètement timbrée,
certains invités à l’humour décalé rigolaient du fait que je pourrai me
prévaloir d’avoir fêté Thanksgiving dans une famille noire. Bizarre à quel
point ce sujet peut être présent aux Etats-Unis. Surtout, c’est la
décontraction avec laquelle ils prennent les choses qui m’a surpris. Je n’ai
pas résisté à leur parler de l’affaire des six de Jena. Ils m’ont dit ne pas
avoir été surpris et m’ont dit que c’était normal aux Etats-Unis. Je crois que
même si j’étais black américain, jamais je ne pourrai considérer une telle
affaire comme normale. Pour faire un résumé hâtif dont j’espère vous ne vous
contenterez pas, l’affaire des six de Jena s’est déroulée fin 2006 dans un
lycée de Louisiane. Un jeune noir a eu la « mauvaise » idée d’oser
demander à un blanc s’il pouvait se mettre à l’ombre sous l’arbre centenaire
situé dans la cours de récréation et d’ordinaire réservé aux blancs. Oui,
réservé aux blancs, vous avez bien entendu, en 2006. Notre ami ayant décidé de
ne pas être un mouton et de ne pas accepter une chose pareille a eu
l’outrecuidance de s’opposer à cet état de fait, outrecuidance qui a aussitôt poussé
les « propriétaires » de l’arbre, autant dire des gosses blanc limite
fascho, à accrocher des cordes de pendu à l’arbre. Message subliminal à
l’attention des noirs de l’école. Forcément, une petite rixe éclate et ce sont
les lycéens noirs qui se retrouvent pendant quelques mois en prisons… Je vous
invite à ne pas hésiter à chercher des informations sur cette affaire plutôt
incroyable au XXIe siècle. Bref, elle est apparemment normale aux US. J’ai un
peu de mal à avaler ça.
Après cette digression digne d’un mauvais roman de
la bibliothèque bleue, il faudrait peut être que je passe au principal :
le repas. Parce que Thanksgiving c’est le repas. Et le préalable à tout repas,
encore plus nécessaire ce jour-là, c’est le bénédicité. Dit dans une ambiance
qui frisait le comique, la simplicité avec laquelle la famille a abordée ce
moment m’a déconcerté. Il s’agit de quelque chose de tellement normal et
naturel, qu’il se fait dans une atmosphère décontractée de rire et de moquerie.
Du genre, « bon, c’est à toi de le dire aujourd’hui » et un autre
d’ajouter « non pas lui, il y croit pas », le tout en éclatant de
rire… Bien drôle. Bon, je vous l’accorde, le récit n’a que très peu de chance
de vous rendre euphorique mais sur le moment, c’était vraiment surréaliste. Surréaliste
mais sympathique.
Le dîner en lui-même a été plus éprouvant pour moi.
Disons qu’il avait lieu à l’heure de mon goûter, heure à laquelle d’ordinaire,
c’est-à-dire lorsque je ne suis pas aux Etats-Unis, je me sustente de moult
Nutella, confiture, petit LU… Autant dire que la pumpkin pie a eu beaucoup de
mal à passer. C’est une tarte dont le goût est indéfinissable. Surtout quand
avant de la goûter on a eu le droit de tester d’autres plats aux saveurs aussi
bizarres qu’inattendu comme des patates douces cuites avec du sucre brun, du
corn pooding (spécialité de Virginie, l’état). C’était sans compter sur le
mélange bœuf-dinde, les macaronis-cheese et autres plats aussi fins que
diététiques
Un grand moment de partage. Ce n’est pas tant la
multiplicité des plats qui est étonnante mais toujours cette étrange aptitude
américaine de prendre un peu de tout, sucré et salé, dans la même assiette et
de tenter de tout manger en même temps. Même après plus de quatre mois, ils me
surprennent toujours autant. Je suis d’ailleurs inquiet de ma capacité
d’acculturation…